loupererien
Dépêche

International

Plus d'indignation et moins de cirque. Autocritique sur le campement de la Puerta del Sol [MAJ 26.05]

(Le réveil) —

Note de la modération [d’Indymedia Paris] : cette traduction n’est que partielle. L’intégralité de ce texte peut être consultée en espagnol sur Indymedia Madrid : http://madrid.indymedia.org/node/17429

Cet écrit n’apparaît pas comme un reproche mais plutôt comme une auto-critique constructive. Le mouvement du 15 Mai à force de sacrifices et d’efforts a atteint un succès sans précédent et a démontré une capacité technique d’organisation impressionnante.

C’est pourquoi nous ne pouvons désapprouver ce succès et cette énergie, et je pense que c’est ce que nous faisons. Ceci est écrit à Madrid, mais je sais que cela vaut pour au moins plusieurs des camps dans d’autres villes.

Après les bâtons, la déten­tion et l’expul­sion du 16 Mai ; des mil­liers et des mil­liers de per­son­nes inon­dent la place. Ils récu­pè­rent la place emblé­ma­ti­que d’Espagne, déso­béis­sent aux lois de l’État, et enva­his­sent la place pour mani­fes­ter leur colère, leur rage, leur indi­gna­tion et leur haine face à un régime mafieux de poli­ti­ques et de ban­quiers.

Le régime ne pou­vait pas et ne peut pas nous écraser par la force car les consé­quence seraient monu­men­ta­les et désas­treu­ses pour un gou­ver­ne­ment en crise comme il l’est. En plus dans cette situa­tion, la répres­sion ferait gran­dir de façon expo­nen­tielle le mou­ve­ment. L’ennemi est sur la défen­sive, acca­blé de nous voir venir. Son unique option serait d’apai­ser avec sa main gauche, nous conte­nir, nous entre­te­nir, nous influen­cer en jouant a bon flic/mau­vais flic et nous amener à aban­don­ner « leur » place et à nous faire croire que la déci­sion serait la nôtre. Ils ne peu­vent nous détruire à coup de bâtons, ils vont donc nous influen­cer afin de nous rendre inof­fen­sifs.

Et que fai­sons-nous ? Qu’avons-nous fait pour pro­fi­ter de cette force énorme, de cette immense rage rebelle de dizaine de mil­liers de per­son­nes dis­po­sées à venir sur la place et à défier illé­ga­lis­mes et ulti­ma­tums ? Avons-nous peut être essayé d’occu­per la banque d’Espagne qui est à 3 minu­tes à pied de la place, ou le siège de Telefonica à deux rues de dis­tance, ou aller en masse crier un peu face au Palais de la Moncloa (siège prin­ci­pal de la pré­si­dence de l’État) ?

Non. Nous avons créé mille et une com­mis­sions et sous-com­mis­sions. Ateliers artis­ti­ques, concerts, câlins gra­tuits et conseils pour être bien avec soi-même. Aujourd’hui mardi 24 mai au matin, je vais sur inter­net pour voir les horai­res des assem­blées et com­mis­sions du jour et je ne trouve rien de cela, à la place, je trouve les horai­res pour la per­for­mance des femmes encein­tes, pour la réu­nion des clowns et l’ate­lier des fours solai­res.

Pardon ? Toutes ces choses peu­vent être bien, mais ce n’est pas le moment. Pas du tout. Maintenant il faut lutter et ne pas gâcher la force accu­mu­lée. Ce qui s’est passé ces der­niers jours était une insur­rec­tion et c’est une grave erreur d’avoir cana­lisé et domes­ti­qué cette énergie trans­for­ma­trice en de sim­ples acti­vi­tés que l’on peut trou­ver dans n’importe quel centre muni­ci­pal. Ce que la police et le gou­ver­ne­ment n’ont pas réus­sis à faire, nous sommes en train de le faire nous-mêmes, incons­ciem­ment je vou­drais le croire, : tuer la révolte, l’endor­mir, la rendre ennuyante, la dis­per­ser, en défi­ni­tive la rendre inof­fen­sive pour le régime.

Le Gouvernement natio­nal, après avoir vendu son âme à la banque, est plus faible que jamais, pris dans une énorme crise poli­ti­que, avec des que­rel­les inter­nes et une grosse pres­sion dans son propre régime pour qu’il démis­sionne. Parallèlement, l’énergie popu­laire, l’esprit rebelle des gens, la haine et le mépris envers les ban­quiers et les poli­ti­ciens est à son niveau le plus haut depuis plu­sieurs années. C’est le moment d’être auda­cieux et d’aller de l’avant, la situa­tion nous permet beau­coup plus de marge pour atta­quer, pour forcer, pour faire pres­sion. Nous tenons la carte déjà gagnée de la force sym­bo­li­que et phy­si­que de la Puerta del Sol et des autres places du pays, ne la per­dons pas, uti­li­sons-la pour atta­quer, pour gagner, et non pour passer un bon moment en regar­dant du cirque.

P.-S. : Bien sûr n’oublions pas les déte­nus. Qu’est-ce que ca veut dire une com­mis­sion qui a engagé des dis­cus­sions avec des hauts fonc­tion­nai­res de la Délégation du Gouvernement sur la suite du cam­pe­ment, quand il y a 24 cama­ra­des détenu(e)s et tabassé(e)s sous de faus­ses accu­sa­tions ? Qu’ils reti­rent d’abord les char­ges contre eux, ensuite, au mieux on les laisse s’asseoir sous une tente pour qu’il nous racontent, avec lumière et sté­no­gra­phes, ce qu’il en est. Ce sont des pro­fes­sion­nels du men­songe, du pater­na­lisme et de la menace mafieuse, on ne peut pas lais­ser deux gosses à peine sortis de la fac négo­cier en privé avec ces gens.

Madrid, le 24 mai 2011.

Traduction par­tielle – Indymedia Paris, 24 mai 2011 com­plété par Malekal (CGA-Lyon)

Source : Rebellyon. Merci aux traducteur-trice-s !

le 25 mai 2011, par Anonyme
Tags: Révolte sociale

Copyleft | Qui sommes-nous ? | Liens | Contact | Sécurité