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Nous avons été plusieurs à vouloir décortiquer la journée de débrayage des maçons qui a eu lieu vendredi 25 novembre à Genève. Ce moment, avec toutes ses contradictions, nous a semblé être une journée de lutte extraordinaire tant au niveau quantitatif qu’au niveau qualitatif. Et pourtant après une indéniable exhalation due à des anecdotes mythiques, elle nous laisse avec un constat assez amer...
Tout d’abord qu’il nous soit permis d’analyser le comportement d’une partie des dirigeants syndicaux vis-à-vis de certains moments de conflictualité réelle que les maçons ont exprimé pendant le cortège. En bon pompier, l’encadrement s’est acharné - avec une attitude paternaliste et quelque part classiste - à tenter de contenir les comportements des travailleurs qui dépassaient l’idée que l’encadrement s’était fait de cette journée de mobilisation, c’est-à-dire un petit cortège syndical bien discipliné.
Au passage du pont du Mont-Blanc notamment, pont qui relie la rive gauche et droite du lac, ce qui en fait un des axes principaux de circulation des personnes et des marchandises, les secrétaires syndicaux et leurs camions-sono ont cherché à amener au plus vite la manif en un endroit moins névralgique pour la circulation de la ville, en dépit du soi-disant objectif affiché sur les tracts appelant le cortège à "occuper le pont du Mont-Blanc". Ce n’est que grâce à la détermination d’une centaine de maçons, avec le soutien d’une dizaine de personnes solidaires, que le pont est resté bloqué. Rien de spécialement subversif surtout que l’occupation avait déjà été annoncée.

La réaction des permanents d’UNIA, du SIT et du SYNA a été des plus détestables. D’abord, en poussant le cortège à continuer vers la Vieille-Ville, elle a laissé une partie des manifestants seuls à quelques dizaines de mètres des policiers.
Heureusement les maçons s’auto-organisent et - sans prêter trop d’attention aux dirigeants qui reprochaient aux "meneurs" de "diviser les travailleurs" (sic !) - arrivent à faire revenir sur leurs pas de nombreux collègues pour bloquer à nouveau le pont. La situation avait alors complètement échappé au contrôle de l’encadrement syndical. Les ouvriers sautent et dansent en jouissant de cette victoire et les dirigeantEs se font huer, voire insulter, dès qu’elles prennent la parole pour pousser les gens à partir. De la de-solidarisation on passe finalement au sabotage de ce moment d’autonomie, puisque le camion-sono syndical est ramené sur le pont afin de relancer un mouvement de foule libérant le pont. La fin est atteinte mais n’arrive pas à faire oublier qu’en un court instant le désir joyeux de lutte a gagné sur le morne défilé syndical.
Mais passée cette ivresse jouissive nous ne pouvons que constater :
1) Le ouvriers n’ont fait rien d’autre que assumer ce que le syndicat même avait annoncé. "Occupons le pont du Mon Blanc" criaient les tracts qui appelaient à la grève et les voici bloquer cette artère de la ville, ni plus ni moins. C’est juste que, au moment venu, les syndicats n’ont même pas eu le courage d’assumer ce qu’ils avaient pourtant eux-mêmes décidé. Le débordement est donc relatif et il n’a eu lieu que à cause de la "lâcheté" d’une partie de dirigeants syndicales . Et oui, ça arrive que de tant en tant les ouvriers prennent au sérieux la rhétorique combative de ces professionnels de la paix sociale.

2) Ces "débordements" ne sont qu’une déclinaison spectaculaire du conflit immédiatement récupérée par les syndicats. Ainsi les structures syndicales augmentent leur propre poids dans les négociations, mais surtout, justifient leur rôle de médiateur dans les conflits patronat-ouvrier ce qui revient à justifier leur existence même : "Attention patrons, les maçons sont en colère et il n’y a que nous qui savons les calmer".
Au final, même si ça fait beaucoup de bruit et ça reste beau à voir, l’absence d’un parcours conflictuel autonome de la part de travailleurs relègue cette grève des maçons à une expression parmi d’autres du grand rituel de la négociation.

Inutile de spéculer sur la possibilité qu’une telle lutte se développe, mais peut être qu’un jour les conditions matérielles du conflit entre capital et travail rendront criante l’inadéquation des structures syndicales, surtout en Suisse, où ils fondent leur existence même sur la paix du travail...
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