loupererien
La phase de transition de la crise : l'ère des émeutes
Analyses
mercredi 5 octobre 2011, par Anonyme
Tags: Théorie

Ce texte très intéressant des camarades de Blaumachen essaye d’embrasser le moment actuel (sic !), du mouvement d’octobre contre l’allongement de l’âge de la retraite en France aux « indignés » d’ici ou là en passant, bien entendu, par les révoltes d’Afrique et du Moyen Orient..

Pour eux, le rapport prolétariat/capital est entré dans la deuxième phase de la restructuration qui a suivi l’entrée en crise du système fordiste et la fin du programmatisme, dans les années 70. Cette deuxième phase est actuellement en crise…..

L’exacerbation irrépressible du capital financier en danger permanent de dévaluation (d’actualité brulante !!), la dépréciation de la force de travail et l’exclusion des prolétaires « surnuméraires », que ce soit la jeunesse, théoriquement « entrante » dans le circuit de la production ou les classes moyennes prolétarisées font le contexte explosif des événements qui secouent le monde au cours de ces derniers mois………et de ces dernières heures !!

Le rapport capitaliste ne peut pas surmonter sa crise de reproduction. Cette crise, aujourd’hui, n’est plus seulement d’ordre financier. Elle prend de plus en plus la forme d’une crise sociale généralisée. La seule chance, pour le capital, de surmonter la crise serait que le processus destructeur qu’elle a initié puisse aller à son terme. Un nouveau cycle d’accumulation ne pourrait démarrer que par une dépréciation ou par une destruction immédiate et suffisamment importante de capital productif (plus importante encore, grâce à la dépréciation / renouvellement du capital fixe), suivie d’une restructuration du mode de production.

Une dévaluation suffisante du capital a aujourd’hui comme condition préalable la dévaluation massive du quasi-capital financier (QCF : c’est à dire le capital potentiel stocké dans le système financier et sous la menace constante d’une dévaluation massive lors de la crise actuelle). Cette étape est nécessaire en raison de la structure actuelle du capital social et de l’importance particulière de sa forme financière pour la reproduction du capital. L’importance du capital financier a marqué la période historique actuelle du capitalisme restructuré. La restructuration qui a suivi la crise des années 1970 a abouti à la financiarisation du capitalisme comme un tout, il n’a pas renforcé le seul système financier comme composante du capital. Le rôle du capital financier dans le processus de collecte et de répartition des profits, dans la période entre 1982 et le déclenchement de la crise en 2008, a été décisif dans l’évolution du taux de profit.

Le capital financier a été l’ « architecte » du mécanisme de la péréquation du taux de profit dans le processus de mondialisation. Dans la phase d’expansion du cycle, la mondialisation financière a encouragé l’investissement en augmentant la population disponible pour l’exploitation et renforcé la concurrence entre les forces de travail dans le monde (la compétition pour le prix le plus bas a conduit à la spirale descendante de la valeur de la force de travail au niveau mondial). Dans le même temps, la mobilité des capitaux et le succès du capital financier dans l’organisation de l’augmentation de la rentabilité ont été si efficaces qu’ils ont conduit à l’inversion de la relation entre l’intérêt et le profit des entreprises. L’augmentation progressive du QCF au cours de cette phase du cycle était absolument nécessaire pour l’expansion de la production et, simultanément, l’expansion de la production a entraîné la montée du QCF comme sa conséquence. Cet accroissement du QFC a déterminé le taux d’accumulation faible (par rapport au cycle précédent) qui a caractérisé toute la période. Le taux d’accumulation faible est lié au fait qu’une partie des bénéfices devait être « recyclée » dans le système financier, afin que ce dernier puisse continuer à surveiller et « manager » la hausse de la rentabilité. Ainsi, la croissance du taux de profit a été fondée sur un taux relativement faible d’accumulation. A mesure de l’avancée dans le cycle, la financiarisation a contribué à la réduction du capital variable par rapport au capital fixe et, enfin, à la maturation de la crise de surproduction du capital. La mondialisation financière a été le mécanisme par excellence pour restructurer, puis pour gérer le capitalisme restructuré, sur la base de la faible accumulation dans les secteurs productifs. La financiarisation (et la mondialisation qui s’y rattache) est un mécanisme qui produit à la fois l’expansion et la crise de ce cycle d’accumulation.

Cette relation très étroite entre le capital financier et le processus de production dans le contexte du capitalisme restructuré rend, d’une part, la dévaluation du QCF nécessaire pour provoquer une réaction en chaîne de dévaluation / renouvellement du capital fixe. Mais, d’autre part, elle la transforme en un processus qui serait très dangereux – étant donné la liberté absolue de circulation des capitaux – car ce serait un choc énorme pour les systèmes bancaires et par conséquent pour l’économie de chaque pays capitaliste. C’est une différence importante entre notre période de capitalisme restructuré et la période du keynésianisme/fordisme. L’internationalisation du capitalisme dans cette période-là était fondée sur une délimitation nationale de la reproduction des rapports sociaux capitalistes et sur le contrôle par le capital financier ; il était possible d’arrêter (ou du moins de contrôler efficacement) la circulation des capitaux au milieu d’une crise.

La condition préalable, pour le début d’un nouveau cycle d’accumulation, est que la dépréciation du capital fixe pendant la crise soit plus vaste et plus rapide que la dépréciation du capital variable. C’est cette phase du mécanisme de crise qui permet au taux de profit de « récupérer » et au processus d’expansion de la production pour chaque cycle d’accumulation de démarrer. La classe capitaliste a fait jusqu’à présent des efforts anxieux pour retarder l’inévitable déploiement d’une phase destructrice de la crise. Ces efforts dissimulent leur crainte des révoltes possibles du prolétariat, dans certains pays, mais ils exacerbent également les contradictions et conflits inter-capitalistes.

La deuxième phase de restructuration

Les nouvelles mesures sont imposées par le capital à un niveau quasiment mondial et elles constituent la deuxième phase de la restructuration (voir annexe). Ces mesures sont une tentative pour maintenir la structure actuelle de l’accumulation. Cet effort consiste en deux processus, liés l’un à l’autre :

Le premier processus est la valorisation partielle du QCF dans les secteurs et les industries qui sont principalement liés à la reproduction de la force de travail et la distribution de la plus-value produite (propriétés publiques privatisées ou bradées, restructuration des systèmes de sécurité sociale, etc.) Ce processus parcours le cycle d’accumulation, de la périphérie vers les centres d’accumulation. Il est également un élément important de toutes les guerres régionales à partir de 1980. Mais aujourd’hui, ce processus s’accélère, notamment en matière de privatisation de capitaux fixes qui, jusqu’à présent, appartiennent à l’Etat ou dont le principal actionnaire est l’Etat. La tentative de valoriser le QCF comprend le passage de plusieurs capitaux productifs sous le contrôle absolu du circuit financier ; c’est la forme actuelle de la centralisation du capital.

Le second processus est l’effort pour baisser encore le coût de la force de travail par la contrainte policière. Cette dépréciation est le résultat et la condition sine qua non de la tentative de valorisation partielle du QCF (La Grèce est un exemple typique à cet égard).

Ces deux processus définissent la deuxième phase de restructuration (nous sommes encore dans le cycle d’accumulation qui a commencé après la crise du keynésianisme / fordisme) et visent à augmenter le taux de plus-value, en partie grâce à l’extraction de plus-value absolue. La baisse du coût de la force de travail, qui était initialement responsable de l’expansion de la production dans le cycle d’accumulation actuel, est utilisée à nouveau comme un moyen de vaincre (ou de dépasser) la crise, et finit par l’aggraver.

Deux points sont importants ici : premièrement, la valorisation attendue d’une partie du QCF n’est possible que par la création de nouveau QCF (aux Etats-Unis, après le Quantitative Easing 1 (QE1) est venu le QE2, et l’Eurozone discute en permanence le refinancement des emprunts contractés par ses États membres en échange de mesures plus sévères, etc.) Ce paramètre tend à transformer la crise financière qui est actuellement en cours en une crise monétaire aiguë puis en une crise de la valeur. Deuxièmement, la privatisation des biens de l’état qui est le résultat (mais aussi une cause) des cas d’insolvabilité d’état qui se produisent partout dans le monde – signifie que la politique financière de chaque état devienne absolument contrôlée par le circuit international des capitaux financiers. Cette évolution a abouti à l’approfondissement de la crise existentielle de l’état-nation capitaliste comme entité politique autonome et a conduit à la crise de la mondialisation du capital elle-même (du moins telle que nous la connaissons aujourd’hui).

Cette réalité apparemment paradoxale a été produite par la relation contradictoire entre les états capitalistes et les capitaux qui se déplacent librement, surtout à partir de 1990. La soumission de chaque état (de la deuxième et la troisième zone du capital) aux diktats d’un capital international très mobile a été très importante pour la reproduction des rapports sociaux capitalistes dans la période actuelle. Dans de nombreux cas, une guerre fut nécessaire pour discipliner le prolétariat et/ou des fractions du capital national de chaque état. D’une part, l’assujettissement aux impératifs du capitalisme international a permis à ces états d’être intégrés au circuit international de l’accumulation, au cours de la période d’expansion du cycle d’accumulation (souvent par le biais de leur participation à un certain type d’union régionale). D’autre part, il a progressivement miné la capacité des états à gérer leurs problèmes sociaux internes et les a rendus plus vulnérables à la crise émergente. La relation controversée entre la mondialisation accélérée et le rôle administratif de l’état-nation dans l’imposition de ce processus a atteint ses limites dès le début du retour de la crise en 2008. La crise (d’abord financière) a imposé un « sauvetage du système financier » (temporaire), c’est à dire un effort pour maintenir la structure actuelle de l’accumulation. Ce « sauvetage » a été réalisé au moyen de nouvelles liquidités venues de la « propriété d’état » ou créées à partir de rien. Les deux méthodes ont rapidement conduit à la faillite de l’état. La plupart des états étaient déjà très endettés car, dans les dernières décennies, ils avaient considérablement réduits la fiscalité du capital et ainsi volontairement provoqués la remise en cause de leur budget. Ces défaillances rendent la privatisation des mécanismes de reproduction sociale (à l’exception de la répression) obligatoire et réduisent le rôle de l’état à la régulation de la concurrence capitaliste. La répression comme principal mécanisme de gestion de la force de travail est reconfigurée et adaptée aux besoins modernes (elle est orientée vers le contrôle anti-émeute en milieu urbain et la garde des frontières).

L’autre côté de la valorisation partielle du QFC est l’exclusion de la valeur de la force de travail du cycle de reproduction du capital. La restructuration des entreprises publiques (entre autres) et des services n’implique pas le renouvellement en capital fixe qui pourrait conduire à la création d’une nouvelle demande globale. Au contraire, elle ne produit que licenciements, coupures et dégraissements. La « reprise sans emploi » (tous les index économiques montrent la reprise, sauf l’emploi) est simplement une expression du fait que le mécanisme de crise n’a pas permit de surmonter la crise de suraccumulation. L’exclusion continue de la valeur de la force de travail produit des conditions sociales explosives dans tous les états capitalistes, indépendamment de la zone à laquelle ils appartiennent.

Un des résultats notables des efforts du capital (et du prolétariat) pour faire face à la crise est l’impasse explosive de la question migratoire.

Le flux de travailleurs migrants de la troisième zone du capital vers les deux premières atteint un seuil critique et il est bloqué. Ici nous trouvons le paradoxe d’une crise simultanée de la mondialisation et de l’état-nation. La spirale descendante de la dépréciation du travail, sur laquelle l’accumulation de la période actuelle (jusqu’à l’éclatement de la crise en 2008) a été fondée, a été un tel succès que sa propre poursuite est maintenant remise en question. Les murs érigés aux frontière et le flux continu d’immigrants, la police de l’immigration mise en place au niveau national et supranational, les centres d’accueil-détention ou les camps de travail et les émeutes qui ont éclaté là-bas, les cris à propos de la fin du multiculturalisme en Grande Bretagne (!), le discours de gauche sur un retour possible à un certain « développement national », sont tous des signes de la première phase (ou d’une face) de la crise de la mondialisation. Mais quand le flux de force de travail commence à être bloqué, tôt ou tard, la libre circulation des capitaux est également remise en question. En tout cas, les premiers signes de la crise de la mondialisation sont les « guerres des devises », les stratégies du « chacun pour soi » des états, et quelques grandes fusions et acquisitions, ce qui montre que les prétendus investissements directs étrangers commencent à se rapprocher de leur centre initial d’accumulation (les états de la première zone). Cela ne signifie pas qu’il y aura un nouveau cycle d’investissements dans la deuxième et troisième zone, ce qui exigerait une augmentation de l’accumulation dans ces ères. Pendant près de deux décennies, le solde net des flux de capitaux est fortement positif en faveur de la première zone.

Un retour à l’ancien modèle d’organisation capitaliste, dans lequel l’état-nation a eut un rôle central, est pratiquement impossible. Cette structure des relations capitalistes appartient au passé. Les conflits inter-capitalistes et l’intensification de la lutte des classes vont probablement produire une régionalisation de l’accumulation. Ce produit de la crise, qui inclut beaucoup de conflits, ne semble pas être actuellement en mesure de mener un nouveau cycle d’accumulation, même si elle implique une dévaluation de fait du QFC. Les relations entre les régions de la nouvelle régionalisation du capital seront naturellement hostiles. Ces régions proviennent de l’évolution historique des cycles précédents de l’accumulation du capital. Certaines d’entre elles, en particulier dans la troisième zone, qui n’appartiennent pas à l’une des régions d’accumulation, mais aussi certaines régions de la seconde zone pour laquelle il est difficile de rester inclus dans le modèle actuellement appliqué par le capital financier sont déjà, ou seront , les premiers champs de bataille de la lutte de classes intensifiée et des conflits inter-capitalistes. Les centres d’accumulation de la première zone tentent de piller les ressources et de gérer la reproduction du prolétariat qui vit dans ces régions. Cela ne signifie pas que la bourgeoisie de ces états va « résister » à cette attaque. Au contraire, les factions les plus puissantes abordent cette crise comme l’occasion de grimper dans la hiérarchie interne et de dévorer les factions du capital les plus faibles. Ces dernières et les strates petite-bourgeoises sont bloquées et, en temps de crise, elles se tournent vers les tendances nationalistes, afin de se protéger. Les contradictions sociales dans ces régions sont en pleine explosion, car il devient de plus en plus clair pour les prolétaires qui y vivent que la continuation du capitalisme ne comprend pas (pour une bonne part d’entre eux) leur force de travail. D’autre part, on ne peut pas considérer comme certain que la tendance objective à la régionalisation de l’accumulation sera mise en œuvre.

De sérieuses frictions existent entre les principaux acteurs de la zone euro autour de la question de l’immigration. De nouvelles forces apparaissent dans l’ensemble du Moyen Orient et du Golfe persique, comme l’Iran, la Turquie et même le groupe des Etats constituant le « Conseil de coopération du Golfe », qui tentent de devenir, dans la mesure du possible, autant de régions d’accumulation autonome. La crise de reproduction du prolétariat, d’une part, milite pour la régionalisation et, d’autre part, tend à dissoudre complètement le système mondial.

L’attaque impérialiste contre la Libye a lieu dans le contexte de la crise de la mondialisation. Elle reflète les efforts frénétiques du capital international pour profiter du chaos créé par les soulèvements arabes et africains. En outre, elle est un avertissement pour le prolétariat (et les couches moyennes) dans les autres pays de cette région sur ce qui se passera s’ils continuent le soulèvement.

Les soulèvements arabes et africains, qui sont un catalyseur dans le développement de la crise, appartiennent également à ce contexte. Alors que la forme politique de la dictature est mise en cause par le prolétariat (et pas seulement), la rébellion a un caractère « anti-État » (mais pas anti-national) et c’est la manière dont elle exprime la crise de la mondialisation. Cette dimension de l’insurrection est essentiellement une tentative pour sauver le capitalisme lui-même, en sauvegardant le statut de travailleurs « libres » du point de vue tant du prolétariat, mais aussi en assurant une concurrence plus “ libre ” du point de vue des fractions de capital qui étouffaient sous cette forme politique. Cerise sur le gâteau, cette remise en question se passe à l’exact moment où la forme politique du capital (un nouveau totalitarisme) tend à être appliquée à la Grèce et, éventuellement, à d’autres pays de la deuxième zone du capital. Cela crée un mouvement contradictoire double. D’une part, l’Etat grec est confronté à la difficulté d’imposer les nouvelles mesures car elle craint des troubles et, d’autre part, il est possible que les révoltes arabes et africaines, parce qu’elles contribuent à l’aggravation de la crise du capitalisme restructuré (qui se traduit également dans l’augmentation des flux migratoires), rendront plus immédiate la nécessité d’accélérer la deuxième phase de la restructuration en Grèce et en Europe en général.

L’autre pôle de la contradiction, le prolétariat, tend à apparaître de plus en plus de l’autre côté de la barricade du conflit qui est en train de se produire. Sous-évalué comme force de travail, fragmenté, largement surnuméraire et sans l’identité et la fierté du travailleur, le prolétariat, dans la plupart des pays du monde, est dans la tourmente. Dans le texte « La production historique de la révolution de la période actuelle » nous avons traité de certains aspects importants de cette activité : enlèvements de patrons afin de réclamer des indemnités de licenciement en Europe, grèves sauvages dans les centres d’accumulation d’Asie de l’Est, émeutes localisées en continu en Chine, émeutes qui ont secoué la Grèce et la France mais qui n’ont pas atteint les sites de production, et « rébellion avec revendications » dans les Caraïbes en 2009. Nous pouvons résumer les faits saillants de la dernière année comme suit : en Octobre 2010, la partie « stable » du prolétariat en France fait une tentative infructueuse de retarder l’imposition de la deuxième phase de restructuration (dans la forme prévue pour les pays de la première zone). En automne, les étudiants se révoltent contre les coupes sombres en Grande-Bretagne et en Italie. Les travailleurs du public se sont rebellés à leur façon dans le Wisconsin (initiant un conflit inconnu durant les dernières décennies aux États-Unis). Au Mozambique, avec un avant-goût de ce qui allait suivre début 2011, les émeutes de la faim éclatent en Septembre 2010. Les grèves sauvages ont continué en Asie orientale, l’agitation contre la forme répressive de la reproduction sociale à travers le continent africain s’est intensifiée. En Décembre 2010- Janvier -2011, la révolte arabo-africaine éclate, et il s’avère que cela va être le catalyseur historique pour entrer dans « l’ère des émeutes », la phase transitoire de cette crise. L’activité du prolétariat dans la crise actuelle produit (à travers ses manifestations diverses) l’appartenance de classe comme une contrainte extérieure. Cette réalité est exprimée comme un manque de vision ou d’organisation de classe, comme un manque d’une vision pour la transformation de la société capitaliste en « société de travailleurs », une société qui est censée se composer d’une seule classe. La production de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure émerge de façon différente dans chaque zone du capital mondial, mais aussi dans chaque état de chaque zone. Ces différents aspects sont des moments d’une totalité qui découle du fait que la deuxième phase de la restructuration s’installe maintenant, produisant un excédent de population en croissance rapide. Simultanément, elle n’augmente pas la proportion du capital variable dans le capital social total, c’est-à-dire qu’elle intensifie qualitativement et quantitativement l’impasse de la crise et ne produit pas d’issue.

France : Radical ou non, le syndicalisme est encore là.

Si la limite des luttes de classe aujourd’hui n’est plus cet « autre monde possible », quelle est la nouvelle forme et le nouveau contenu qui définit la lutte des classes ? Peut-être mieux que partout ailleurs, la gravité de la situation actuelle s’est révélée en France avec le mouvement revendicatif de l’automne passé. L’Etat a soudainement déposé un projet de loi augmentant l’âge de départ à la retraite, posant un dilemme implacable pour le prolétariat : « on ralentit l’augmentation de la dette à vos frais ou la solvabilité du pays va souffrir », comme Sarkozy le déclarait, montrant du doigt la Grèce en menaçant. Ce plan était relié à la crise de la zone euro et à la nécessité, pour l’Etat français, d’accélérer la restructuration. Mais le résultat a été l’éclatement d’un mouvement qui, dès le début, a été clairement confronté à l’objectivité du capital : l’économie.

Un élément important cette fois fut la coexistence, au sein du mouvement français, de prolétaires jeunes et plus âgés (qui développaient des activités parallèles). La plupart des participants plus âgés appartenaient aux couches salariées moyennes, tandis que la plupart des plus jeunes n’était pas étudiants mais lycéens. La relation entre ces deux segments du mouvement fut particulièrement complexe. Ils avaient sans doute un point de départ commun : les retraites. Mais ce fut une préoccupation commune, pas une perspective commune. Les participants plus âgés appartenaient au segment de population générant la figure imaginaire du consommateur moyen : ils pouvaient presque apparaître comme une publicité fanée datant de la période fordiste. Le fait de miner leur chance de survivre à leur vie professionnelle était simplement une autre étape dans la violation du contrat social fordiste. Les participants les plus jeunes ne sont pas seulement confrontés aux deux années supplémentaires de l’âge de la retraite : ils doivent travailler quarante ans pour se qualifier pour la retraite, alors qu’ils savent qu’ils seront chômeurs en attendant .Le piège d’une vie contenant seulement travail précaire, chômage et mort devenait commun à tous.

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