loupererien
La lecture est une arme
Livres
jeudi 29 octobre 2009, par Collectif La Blatt
Tags: AnticapitalismeAutonomie

Dans les médias bourgeois, on en entend seulement parler lors des contre sommets ou le premier mai, toujours sous la forme de casseurs infiltrant les mouvements alter mondialiste. Voilà maintenant 2 ans qu’Action Autonome est apparu dans le paysage politique suisse romand en s’affichant d’une manière qu’on connaissait peu en Suisse romande. En effet cette organisation appelle à des blocs révolutionnaires pour des manifestations et sous la même bannière présente un projet d’édition de livres. C’est précisément ce qui nous intéresse ici à l’occasion du salon du livre anarchiste, même si ce projet passe malheureusement souvent au second plan, devancé par de beaux hommes cagoulés suintant de virilité, les éditions Entremonde sont peut être le groupe de travail d’Action Autonome dont le contenu est le plus intéressant. Nous proposons donc cette interview avec deux membres de ce projet valant le détour.

1.Peux-tu présenter Entremonde ?

Entremonde, c’est le projet de fonder une maison d’édition de critique sociale. Une ma- nière de questionner les rapports sociaux à travers un projet éditorial en jonction entre l’anarchisme et un marxisme hétérodoxe. Nous avons fondé Entremonde en janvier 2009, avec peu de moyens, mais nous avons quand même toujours tenu à fixer à nos livres des prix ab- ordables, quitte à avoir une santé financière fragile. A l’inverse de certains éditeurs francophones qui proposent des prix excessifs nous tenions à ce qu’Entremonde ne s’adresse pas qu’à un public aisé ou universitaire.

2. Quelles ont été vos motivations pour avoir lancé un tel projet ?

Il y a une quarantaine d’années s’est produit un très fort regain pour la lecture politique avec Maspero, 10|18 ou encore des éditions comme Champ Libre. Depuis, les tirages ont chuté de 40-20’000 à 1’000 exemplaires. Pour nous, ce projet porte l’espoir qu’une nouvelle générati- on reprenne goût à la lecture d’un certain type de pensée critique. Mais l’édition telle que nous la pratiquons est étroitement liée au contexte politique, elle suit le cours des mouvements sociaux en quelque sorte. Lorsque ces mouve- ments sont au point mort, les textes politiques sont peu réédités. Or, les succès en librairies qu’ont remportés par exemple « Le communis- me » ou « Salaire, prix et profits » de Marx peuve- nt être interprétés comme un bon espoir de voir un intérêt renaitre pour ce type de thèses. Avec la médiatisation de la crise économique, la thé- orie critique du capitalisme intéresse de plus en plus de monde.

3. Dans la collection les cahiers vous avez édité un livre de Karl Marx et une anthologie du Communisme. Pourquoi avoir édité ces textes alors que tant d’applications de cette idéologie ont fini dans un totalitarisme proche du fascisme ?

Je ne crois pas que l’on puisse qualifier ces tentatives d’ applications communistes mais, bien au contraire, il s’agissait d’un capitalisme étatique ou le seul entre- preneur et gestionnaire étaient l’état et le parti. C’est directement lié à l’histoire de la social-démocratie allemande et du pire de ses enfants, le bolchevisme. Nos socia- listes suisses sont aussi issus de ce courant politique, on en trouve encore des traces dans leur programme et certaines de leurs pratique politiques. Il faut donc distinguer le communisme tel que nous le conce- vons – et tel que d’autres l’ont concu avant nous, et Marx en fait partie – des pratiques politiques qui s’en sont de près ou de loin réclamées au cours de l’histoire.

4. Dans la collection la rupture vous avez édité en coffret, la révolution inconnue de l’anarchiste Russe Voline, pourquoi éditer cette analyse critique de cette révolution manquée vieille de 90 ans ?

C’est un document historique excepti- onnel. L’auteur a vécu une grande partie des événements qu’il relate, il en fait des analyses judicieuses. Il n’existe pas à ma connaissance de livre aussi complet et critique envers les débuts de l’URSS, les événements de Kronstadt et la Makh- novstchina. C’est une mémoire de nos mouvements qui mérite d’être perpétuée. Par ailleurs, c’est un livre passionnant qui se lit presque comme un roman.

5. Vous avez aussi édité deux textes sur le mouvement autonome italien des années 70, penses-tu qu’un tel mouvement pourrait se recréer actuellement en Suisse ?

Il faut comprendre le mouvement au- tonome italien comme une période parmi d’autres dans les cycles de la lutte des classes contemporaine. Actuellement, nous sommes plutôt dans une époque de reflux du vieux mouvement ouvrier du siècle passé, mais sur ces cendres se rebâtiront très certainement des conflits sociaux difficiles. Les conditions vont en s’aggravant, en Suisse comme ailleurs, et rien ne laisse présager que la paix sociale puisse être perpétuée encore longtemps.

6. La jeunesse de la génération Internet lit-elle encore des livres ?

Oui, la jeune génération lit encore des livres, bien que ses habitudes se soient modifiées ces dernières années vers des lectures plus courtes ou plus faciles. Il ne faut pas voir internet comme un concur- rent du livre mais au contraire comme un nouveau vecteur de diffusion qui ouvre des perspectives pour de petits éditeurs qui ont besoin de se faire connaitre. Nous avons fait le choix dorénavant d’offrir tout nos livres en PDF sur notre site. Cela per- met entre autre aux gens de mener des recherches directement dans le texte avec des outils informatiques ou de se faire un avis avant d’acheter la version papier, qui reste tout de même la plus confortable à lire.

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