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samedi 24 mars
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mercredi 14 mars
mardi 13 mars
lundi 12 mars
La sortie du nucléaire passera par la destruction du capitalisme.
Du 10 au 13 juin, entre 100 et 150 personnes – selon les moments – se sont échangés pour discuter des convergences entre la lutte antinucléaire et la lutte anticapitaliste. Benken (ZH) est actuellement le lieu le plus probable en Suisse pour un stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde. L’objectif du camp était d’un côté la coordination pour une future résistance éventuelle à celui-ci, de l’autre de confronter les habitants à la perspective de vivre sur une montagne de déchets nucléaires dans un avenir pas trop loin.

Toujours en prison, Marco a salué les participants dans une lettre. Voici la traduction française de celle-ci :
« Chers/-ères camarades et amiEs !
Je trouve que votre initiative est merveilleuse et qu’on est pratiquement un !
Cette initiative constitue un signal correct et sobre, chose rare dans nos contrées et dans un temps d’hystérie antinucléaire entre perplexité et opportunisme. La dictature des mafias et des multinationales nucléaires, bourgeoises et impérialistes se sert de son pouvoir concentré de terreur économique, militaire, étatique et médiatique afin de contenir cette vague d’une manière agressive et minutieuse dans un cadre réformiste, c’est-à-dire « pacifique ». Au premier rang, il y a bien évidemment leurs acolytes les plus zélés, les partis rouges et verts, les lobbies environnementalistes. Et surtout toute la gamme d’expertEs de leurs élites scientifiques ! Elles sont essentielles pour ne pas seulement réduire les risques de ce pari, mais pour s’en servir, de manière stratégique et perfide, pour le maintien et le renouvellement de leur système global totalitaire avec l’objectif final de le perfectionner, c’est-à-dire le contrôle et la dépendance totaux des oppriméEs et exploitéEs partout. C’est le capitalisme catastrophique, la fuite en avant dans un précipice d’un système se trouvant dans sa crise catastrophique et globale historique aiguë pour l’homme, tout le reste de la nature et la planète.
Une très bonne initiative d’information et de mobilisation correctes et sobres, tragiquement avec le point de départ quasi-contraignant de l’antinucléaire. Mais le point et la valeur significatifs de cette initiative est précisément sa focalisation qui s’éloigne de la question nucléaire néanmoins tant importante, en tant que question partielle, pour viser le système techno-scientifique en tant que catastrophe en soi, ce système de domination étant la cause des catastrophes et de l’expression nucléaires de cette folie technologique et totalitaire, anthropocentrique et patriarcale. Ainsi, c’est aussi la focalisation radicale, correcte et sobre sur le système entier en tant que cible nécessaire et principale d’un bouleversement révolutionnaire.
Elle est un signal d’information et de mobilisation pour le départ vers cet objectif stratégique, contenant notamment le dépassement de la logique d’élan et de résignation de cette mobilité et la manipulation tactique par des événements et des impulsions spécifiques qui va avec. Nous devons apprendre de dépasser ces vagues de résistance, de mobilisation portées par des événements, des phases, des processus, des questions spécifiques et des moments idéologiquement favorables tout en emportant leurs élans. Emporter dans une continuité convergente (des luttes partielles, des sujets, des tendances effectivement révolutionnaires) et une évolution solide de l’analyse, de la conscience et de l’action révolutionnaires. Ce qui veut dire aussi : une mise en question continuelle, aussi de nos propres prémisses et (surtout) de nos convictions idéologiques pour ne pas être un obstacle à l’aiguisage et à l’application de notre raison tactique et stratégique dont on aura impérativement besoin pour nos routes vers l’objectif commun du bouleversement du système et de la construction d’un monde libre et juste en tant que partie de la conscience d’une nécessité et d’une volonté absolues de l’atteindre. Objectif, conscience et volonté que nous, les véritables révolutionnaires en actes et en paroles, nous partageons.
Ce que l’on partage également dans nos routes différentes et aussi dans nos objectifs tactiques et inférieurement stratégiques dans la route vers l’objectif principal qui sont différents et qui semblent parfois irréconciliables, c’est le problème de et l’intérêt pour la lutte contre la répression. La solidarité est une question du cœur et la base d’un monde juste et libre. Et pour toutes ces routes, pour cette route, la solidarité révolutionnaire au-delà des tendances constitue une arme décisive pour une résistance réussie contre la répression et, enfin, la destruction offensive de celle-ci, c’est-à-dire du terrorisme étatique et médiatique politico-militaire des puissants. C’est une question d’éthique révolutionnaire fondamentale. Et une question de stratégie révolutionnaire fondamentale.
S’ils s’attaquent à certains d’entre nous, à des camarades, à des groupes ou à des réseaux, s’ils les affaiblissent et les démantèlent, nous ne savons pas seulement qu’on est tous visés, mais aussi qu’on est tous affaiblis. Et si nous, les individus, on pense que cela ne nous regarde pas si d’autres sont attaqués ou démantelés, c’est une erreur lourde. Car demain, ils nous attaqueront avec des forces multipliées, avec les forces qui « nous étaient réservées », plus les forces libérées par le démantèlement des « autres ». Et on sera de plus en plus faibles et une proie facile puisque notre comportement non-solidaire ne peut que transmettre aux « autres » le message que nous ne voulons pas de leur solidarité. Car la solidarité n’est possible que si l’on la veut. Une question centrale de la cohérence, de l’éthique et de la stratégie révolutionnaire communes, au-delà des tendances et de leurs contradictions.
C’est pourquoi : la solidarité révolutionnaire internationaliste constitue une de nos armes les plus fortes contre la répression !
A Bellinzone a lieu, du 18 au 22 juillet 2011, le procès contre Billy, Silvia et Costa et du 19 au 23 septembre 2011 celui contre Andi [Stauffacher]. Organisons la mobilisation et les actions de solidarité pour eux tous et pour tous les camarades frappés par la répression dans le monde entier !
Honneur et amour aux camarades des BR Luigi Fallico assassinés par la taule italienne et tous les autres camarades assassinés, Zoé, Mauri, Diana et... !
Amour et force au camarade anarchiste Luciano (« Tortuga ») qui s’est blessé dans une action début juin à Santiago au Chili et se trouve désormais grièvement blessé dans les griffes de la répression !
Solidarité avec le camarade de la conspiration des cellules du feu Damiano qui s’est blessé et qui a été arrêté dans un affrontement avec les flics mi-mai, solidarité avec tous les autres prisonniers de cette guérilla anarchiste grecque jeune et courageuse !
Amour et solidarité à tous ceux qui sont tombés, incarcérés ET QUI LUTTENT pour la libération totale de tous et de la terre !
Amour et solidarité à vous tous du camp A4 !
Marco, Lenzburg, juin 2011 »
Les gens sont arrivés vendredi après-midi pour trouver un camping déjà bien mis en place par l’équipe de construction la veille. Ce premier jour était dédié au montage des tentes, à des discussions informelles et à la rencontre. Après avoir mangé, les campeurs ont écouté les rimes de MC Albino pour ensuite se retrouver autour de quelques bières au « Nukular-Bar ».
Après le petit déjeuner a eu lieu une petite session d’entraînement d’action accompagnant généralement les discussions et vouée à ceux n’ayant pas envie de discuter, mais de se défouler. Dans l’après-midi, plusieurs présentations ont eu lieu.
L’histoire de la résistance antinucléaire en Suisse
Les premiers actes de résistance contre le nucléaire en Suisse remontent dans l’immédiat après-guerre, époque où les bourgeois suisses rêvaient encore de leur bombe atomique. Les mobilisations importantes ont pourtant commencé seulement dans les années 1970 avec comme point de départ la première grosse manif antinucléaire à Olten en 1973. En 1974, il y a eu les premières attaques à l’explosif contre le baraquement de planification de la centrale nucléaire à Verbois (GE) et contre une station transformatrice à Verbier.
Cet bref aperçu a permis de montrer que des actions radicales peuvent avoir un impact réel puisque Verbois n’a jamais été construit, tout autant que Kaiseraugst (AG) dont le site prévu pour la centrale avait été occupé par des militants antinucléaires venant d’horizons divers en 1975. Un militant genevois plutôt âgé, ayant vécu la résistance contre la centrale de Malville en France voisine et d’autres mobilisations antinucléaires dans la région genevoise, a souligné que les actions des « radicaux » et des « pacifistes » peuvent et doivent avoir un caractère complémentaire et que, pour y arriver, il faut se poser des questions stratégiques avant une action prévue. Il a dit par exemple qu’il était mieux de faire des attaques après les grosses mobilisations, et non pas avant, d’un côté, pour éviter la répression à celle-ci, de l’autre, pour maintenir la mobilisation.
Généralement, cette discussion était très enrichissante, malgré quelques interventions de caractère très réformistes. Celles-ci ont toujours été rapidement déconstruites et la discussion était surtout axée sur les possibilités d’action. La question s’il faut un mouvement de masse ou plutôt un mouvement de qualité n’a pourtant pas pu être résolue et ressurgira dans d’autres discussions. Quasiment tout le monde était en revanche d’accord sur le fait que la séparation artificielle d’un mouvement entre « radicaux » et « pacifistes » ne peut que nuire à celui-ci. Outre le militant genevois sous-mentionnés, quelques allemands ayant vécu les blocages du Castor ont confirmé ce constat.
Ecologie et capitalisme
Dans cette présentation, il s’agissait de montrer que le capitalisme ne peut pas être réellement écologique. Etant donné le besoin grandissant de croissance lié à la baisse tendancielle du taux de profit, le capitalisme sera toujours obligé de réduire les coûts des salaires et des ressources au minimum. Chaque « solution » d’un problème écologique en entraînera un nouveau. Il a donc été dit qu’il faudrait renforcer la perspective anticapitaliste des luttes écologiques et la perspective écologique des luttes anticapitalistes.
Une autre présentation a également montré le caractère illusoire des mesures individuelles. On essaie de faire croire à l’individu dépendant du système que c’est de sa faute que le monde va mal. Ainsi, on répand le mythe que chacun peut faire quelque chose pour réduire les ravages écologiques alors qu’on est tous pris en otage par un système insatiable et dans lequel, on n’a aucune autonomie d’agir. Ce constat peut être souligné par la statistique de la confédération montrant que la consommation d’énergie des foyers privés ne constitue que 30%. L’autre bout de « solution » que le capitalisme apporte au problème écologique, c’est de s’autoproclamer « capitalisme vert ». En réalité, les technologies « vertes » ne sont rien d’autre qu’un marché d’avenir potentiel et l’opportunité du capital de dépasser sa crise un bref instant. La consommation supplémentaire que toute innovation engendre ne fait en effet que aggraver le problème.
En guise de conclusion, il a donc été dit que l’anticapitalisme des mouvements écologiques dans un temps de ravages écologiques énormes et d’une hystérie antinucléaire due à l’effet Fukushima devient de plus en plus importants. Le capitalisme n’arrivera jamais à surmonter ces problèmes, tout au contraire, ils deviendront de plus en plus aigus et ce sera toujours à la communauté d’en payer les frais.
Pendant la discussion qui a suivie, plusieurs problèmes ont été pointés du doigt. Une intervention réformiste qu’il fallait seulement arrêter de consommer pour arrêter le capitalisme a vite été démentie en montrant que l’aliénation de nos besoins par le capitalisme ne nous laisse pas ce choix. En outre, il a été dit que la consommation n’était pas du tout une manière démocratique d’agir politiquement parce que ceux ayant plus d’argent ont également plus de poids et que le vote était presque un outil progressif comparé à celle-ci. En tant que pistes de réflexion et d’action, l’attaque des compagnies d’énergie et la déconstruction des mythes capitalistes ont été mises en avant.
Liens entre énergie, capitalisme et écologie
L’objectif de la dernière présentation était de montrer que les formes d’énergie bon marché sont une condition indispensable pour la croissance capitaliste. Et plus de croissance signifie plus de consommation d’énergie engendrant à son tour plus de croissance, on est donc piégés dans un cercle vicieux. En outre, il ne faut pas non plus oublier la dimension sociale du problème, notamment l’hypocrisie des agrocarburants ou les guerres engendrées par des problèmes écologiques, et le fait que l’abolition du capitalisme ne résoudra pas forcément tous les problèmes écologiques.
Après cette longue discussion, on avait mérité un bon repas et on l’a eu. Plusieurs équipes se sont chargées de la cuisine et la bouffe (végétalienne) a toujours été délicieuse. Ensuite, on a écouté les sons tziganes de la fanfare Blehmuzik pour passer après au visionnement du documentaire Plogoff. Ce film montre à l’exemple d’un village breton que la résistance paie : ayant refusé le processus de « participation citoyenne » et ayant misé sur une résistance collective et radicale, la centrale nucléaire de Plogoff constitue en effet le seul projet de centrale nucléaire jamais avorté en France. La soirée s’est terminée ensuite autour de quelques bières au Nukular-Bar.
Etant donné la promesse des flics de nous emmerder si l’on fait une manif, celle-ci a été déplacée sur le Rhin. Plusieurs bateaux pneumatiques équipés de banderoles ont ainsi quand même réussi à montrer notre présence et à diffuser notre message. Des flyers ont également été distribués dans les villages. En même temps, une présentation sur la nanotechnologie, la biotechnologie et le nucléaire a eu lieu l’après-midi dans le camping.
Le texte suivant donne une idée de quoi il s’agissait :
« On considère l’énergie nucléaire comme une des expressions les plus catastrophiques du système capitaliste. Notre intention n’est surtout pas de dénoncer l’énergie nucléaire en prônant les énergies renouvelables en tant qu’alternative puisque celles-ci ne feraient que contribuer au maintien de ce système économique exploiteur guidé par le profit.
C’est l’Etat et l’économie ensemble avec leur science récupérée décidant les questions d’approvisionnement d’énergie. Ainsi, tout le discours est monopolisé par une petite communauté d’intérêts puisque le système dominant a besoin d’une gestion de l’énergie centralisée afin d’effectuer son contrôle. Toutes les personnes n’étant pas des scientifiques et n’ayant pas de position de pouvoir sont exclues des décisions dont on doit tous subir les conséquences irréversibles. Une tentative de plus de décider sur nos vies et de nous rendre éternellement dépendants d’experts et d’autorités.
On n’a pas besoin d’être des scientifiques pour réaliser qu’on ne veut pas de technologies présupposant une hiérarchie, ne profitant qu’aux intérêts économiques des puissants et dédaignant l’homme et la nature. On se passe du dialogue avec l’Etat ou de la recherche d’alternatives car on sait que seule la destruction de l’ordre dominant nous permettra de gagner notre liberté. Derrière les centrales nucléaires, il y a des entreprises, des offices fédéraux et des instituts de recherche qui sont attaquables.
Dans la conclusion, il a été dit que ces technologies n’ont pas d’autre intérêt que militaire pour les puissants et que leur emploi civil n’est en général qu’un effet collatéral. En outre, des progrès éventuels dans la nanotechnologie sont susceptibles d’améliorer considérablement les dispositifs de contrôle social. Enfin, les présentateurs ont fait un appel à la solidarité avec la lutte contre ces technologies, soulignant qu’elle devrait être portée par tout le mouvement anarchiste et non pas seulement par une aile « verte » spécialisée dans ces questions. »
Pour la discussion, on s’est posé la question comment on pourrait organiser la lutte. Les présentateurs ont toutefois admis qu’il est difficile de mobiliser autour de sujets aussi abstraits. L’exemple du mouvement NoTAV en Italie a été cité pour montrer comment on peut radicaliser une lutte autour de questions écologiques. En outre, il a été dit que c’est les expériences de lutte qui permettent de radicaliser des gens et que le mouvement NoTAV en était un bel exemple avec le soutien qu’il a apporté à diverses luttes un peu partout en Italie. Un intervenant a dit que le sujet mis en avant n’avait pas tellement d’importance, qu’il fallait saisir les moments de tensions sociales et mobiliser là autour. Peu importe le sujet parce que, comme il a été dit, n’importe lequel permet de démontrer la pourriture du monde dans lequel on vit.
Le soir, on a écouté le blues très rock et les textes délirants de la One Million Dollar Band. Après le concert, on a encore regardé le film End:Civ de submedia.tv qui parle également du mensonge de la « lutte pacifiste » et du besoin de rompre définitivement avec ce monde. Etant donné l’heure tardive et la fatigue après la fin du film, tout le monde était bien plus intéressé par le Nukular-Bar que par une discussion sur le film.
Lundi matin, une autre présentation a eu lieu que l’auteur a pourtant loupé parce qu’il s’était chargé avec d’autres de faire la garde auprès du Nukular-Bar jusqu’au petit matin afin de protéger la bière des envahisseurs éventuels. Après une critical mass de Benken à Schaffhouse, Brumf (das Reh – le chevreuil) nous a bien fait rire et danser avec ses chansons radicales et drôles. La soirée s’est terminée – vous allez le deviner ! – au Nukular-Bar.
Même si l’aspect rencontre a finalement pris le dessus sur l’aspect mobilisation de la région, le camp A4 peut être considéré comme un succès. Malgré le caractère ultra-conservateur de la région, un certain nombre de personnes sont passées nous voir et discuter avec nous. Une centaine de personnes étaient présentes tous les jours sauf lundi, même si ce n’était pas toujours les mêmes. Plusieurs personnes ont été prêtes à rester un jour de plus pour soutenir l’équipe de démontage du camp. Les participants sont venus de toutes les régions suisses (les Suisses allemands étant quand même bien majoritaires) et même d’Allemagne.
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