loupererien
Val di Susa - Résistance
Italie
mardi 5 juillet 2011
Tags: Sabotage

Deux textes sur la situation récente au Val de Suse, tirés du Jura Libertaire.

3 juillet : le chantier du TGV Lyon-Turin pris d’assaut En attendant les récits de témoins directs de la grande manifestation du 3 juillet 2011 en val de Suse, voici quelques premières infos qui apparaissent dans les médias italiens, qu’ils soient indépendants (comme Radio Onda Rossa et Radio Black Out) ou bourgeois (photos et vidéos sur le site du quotidien turinois La Stampa et des autres grands quotidiens nationaux).

Depuis des années, une très forte opposition populaire repousse le démarrage du chantier du TGV Lyon-Turin (TAV) côté italien. En 2005 déjà, le forage de la première galerie avait été stoppé par une mobilisation impressionnante et notamment par la célèbre « bataille de Venaus » (1.2). Aujourd’hui les travaux sont censés commencer à nouveau, de maniére imminente, sur le site de la Maddalena, qui a été occupé par un campement « NO TAV » pendant un mois, puis évacué par la police lundi 27 juin 2011.

Une semaine plus tard, dimanche 3 juillet, le mouvement avait appelé à une manifestation nationale et internationale pour « assiéger le chantier ». Mission accomplie. 60.000 à 70.000 personnes (6000 à 7000 selon la police) ont conflué en 3 cortèges, sous le ronron permanent des hélicoptères, jusqu’au terrain du campement de juin, ainsi réoccupé. Des centaines de personnes se sont ensuite attaquées aux clôtures du site du chantier, défendues par 900 policiers. Les autorités parlent de 800 « antagonistes radicaux » lié.e.s au mouvement des centres sociaux, et de 300 « étrangers, venus de France, d’Espagne, d’Allemagne et d’Autriche », aux méthodes qualifiées tantôt de « para-militaires », tantôt de « para-terroristes ». Les affrontements ont duré 6 heures, sur au moins trois « fronts », parfois raides et boisés. La clôture a été percée à plusieurs endroits mais la police est toujours parvenue à repousser les assaillant.e.s. Lance-pierres et gros pétards d’un côté, lacrymos et flashball de l’autre : en fin de journée la police annoncera près de 200 blessés dans ses rangs, et les NO TAV 233. Du côté des manifestant.e.s, on parle d’intoxications aux lacrymos, et surtout de grenades lacrymogènes tirées non pas en l’air ou vers le sol, mais à hauteur de visage comme de véritables projectiles. De nombreuses personnes ont ainsi été blessées au thorax, à l’épaule ou au bras, comme le correspondant italien d’Al-Jazeera, qui a été brièvement hospitalisé. 5 manifestant.e.s italien.ne.s ont été arrêté.e.s lors des contrôles de police qui filtraient les sentiers environnants en fin d’après-midi.

Du fait des affrontements, les travaux ont été interrompus. Mais le ministre du Transport, ancien membre du parti néo-fasciste MSI, a déclaré : « Ce n’est pas un groupe restreint de violents et de délinquants, arrivés sur le chantier de la Maddalena depuis toute l’Italie et depuis l’étranger, qui fera changer d’avis le gouvernement, qui entend réaliser la ligne TGV dans le respect des accords et des engagements internationaux. Le Lyon-Turin est un projet qui génère développement, croissance et emploi, et qui est par conséquent prioritaire. » La carte de la division entre bon.ne.s et mauvais.es manifestant.es est évidemment jouée sans modération par tous les partis politiques, et est reprise à la une des grands quotidiens. Le président de la République, ancien membre du parti communiste italien, s’est lui-même fendu d’un communiqué où il affirme : « J’applaudis les forces de l’ordre et exprime ma solidarité envers elles, qui comptent un grand nombre de blessés. Tout le monde en Val de Suse, par des comportements clairs, doit se préoccuper d’isoler toujours plus les professionnels de la violence. » Les journalistes sont sur le même registre, et nous donnent une nouvelle fois des exemples édifiants de ce qu’ils défendent comme étant leur « objectivité ». Ainsi, le scribouillard de la Repubblica, journal associé au centre-gauche, écrit que les « jeunes » qui se sont lancé.e.s à l’attaque des clôtures du chantier « se fichent probablement du TGV, ils cherchent seulement l’affrontement ». Bien sûr, le terme « black blocs » ressort à tout va.

Mais les journaux concèdent parfois ce que plusieurs témoins racontent : le retour en fin de journée dans les villages de ces « jeunes violents », applaudi.e.s par les habitant.e.s sur leur passage. Le principal syndicat italien « de classe et de combat », l’USB, fort de 250.000 adhérent.e.s, a déclaré son « soutien inconditionnel à la révolte populaire du Val de Suse ». Des leaders informels du mouvement NO TAV ont déclaré que « les black blocs sont au Parlement », que le siège avait réussi et que la journée avait été une victoire. « Ils savent maintenant que ça va continuer comme ça, qu’ils subiront d’autres actions, moins grosses mais continuelles. » Tandis que croîtront à la fois la mobilisation, à la fois les coûts du projet, « ils ne tiendront pas la pression ». « Le TGV ne se fera jamais. »

Indymedia Grenoble, 4 juillet 2011.

Notav Lyon-Turin : manifestation du 3 juillet dans le Val Susa Merci aux Français qu’on a vu sur les sentiers du Val Susa pour cette manifestation du 3 juillet.

La zone du chan­tier à été bou­clée avec bar­riè­res, bar­be­lés, blocs de ciment… et res­sem­ble plus un check-point pales­ti­nien.

En fait ce sont trois mani­fes­ta­tions qui ont démarré de Chiomonte, Exil, Giaglione. Il y avait 70.000 per­son­nes selon les orga­ni­sa­teurs. La police a fermé l’auto­route pour soi-disant des rai­sons de sécu­rité : plutôt par peur que les mani­fes­tants puis­sent lancer des pier­res depuis le viaduc (mais on verra que sont les poli­ciers eux-mêmes sur le viaduc qui ont lancé des gre­na­des lacry­mo­gè­nes et même des pier­res).

Un groupe des mani­fes­tants a réoc­cupé La Maddalena en situa­tion stable et avec peu de ten­sion.

Actuellement il y a trois fronts de « gué­rillas ». D’autres avec des détours dans les mon­ta­gnes ont encer­clé la zone des chan­tiers. Énormément de gre­na­des lacry­mo­gè­nes ont été lan­cées à hau­teur d’homme ou depuis l’héli­co­ptère, et aussi le canon à eau a été mis en action contre les mani­fes­tants. La riposte s’est faite avec des fusées signa­lé­ti­ques, des pétards arti­sa­naux (« bombe Carta »), des fron­des… Les cama­ra­des se sont reliés dans le bois pour char­ger et res­pi­rer.

La police dit qu’elle a eu 50 bles­sés (on ima­gine des éraflures), et il y en a eu un parmi les ouvriers. Au moins un cama­rade a été blessé sérieu­se­ment à la cuisse par un lacrymo, deux par des fla­sh­balls (un a le nez cassé, l’autre un bout de menton déta­ché) et beau­coup d’autres ont été plus légè­re­ment bles­sés.

La police n’arri­vant pas à conte­nir tout les fronts, elle a com­mencé à lancer des pier­res du viaduc, et elle a même allumé un feu dans le bois pour faire sortir les mani­fes­tants…

Copyleft | Qui sommes-nous ? | Liens | Contact | Sécurité