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Syntagma – témoignage de l'assemblée
International
mardi 7 juin 2011, par Anonyme
Tags: Révolte sociale

Une première impression de l’assemblée ouverte sur la place Syntagma.

Témoignage de l’assemblée, l’atmosphère et les discours sur la place Syntagma à Athènes le samedi 28 mai 2011, paru le 29 mai sur le site web grec agence rioters.

« C’était une fête sans commencement ni fin ; je voyais tout le monde et je ne voyais personne, car chaque individu se perdait dans la même foule innombrable et errante ; je parlais à tout le monde sans me rappeler ni mes paroles ni celles des autres, car l’attention était absorbée à chaque pas par des événements et des objets nouveaux, par des nouvelles inattendues. »

BAKOUNINE, Confession.

Une première impression de l’assemblée ouverte sur la place Syntagma.

La première fois, j’y suis allé le vendredi 27 mai, clairement par curiosité et sans attendre quoi que ce soit. La première image de la partie supérieure de la place Syntagma était celle d’une foule n’ayant rien à voir avec les habitués des manifs. Les quelques slogans plutôt timides se limitait à « voleurs, voleurs » et « ouuuh ». Il y avait des gens de tout âge, habillés en haillons ou en costards, certains battaient des tambourines, d’autres des casseroles et dans les profondeurs, on a aussi pu apercevoir des drapeaux grecs. Les adeptes du « sauvetage national » se sont quasiment retirés sur la partie supérieure de la place à côté des MAT.

A côté, il y avait des gens en cercle me disant qu’une assemblée allait avoir lieu sur la place et j’y suis donc allé pour l’écouter. Pendant plusieurs heures, je n’ai rien pu entendre car il y avait plus d’un millier de personnes qui se poussaient et qui voulaient toutes écouter, allant de grand-mères et grand-pères aux mères avec bébé en poussette...Lorsque la foule s’est un peu réduite et j’ai trouvé une place à côté d’un haut-parleur, je me suis rendu compte que derrière la catégorie « apolitique », l’étiquette donnée à la foule sur la place Syntagma, se cachaient une multitude de caractéristiques politiques différents mais fondamentaux.

Hier (28 mai), je suis retourné impatiemment à la place Syntagma assez tôt afin d’avoir une bonne place lors de l’assemblée. Plus de 3000 personnes semblent avoir eu la même idée. Une foule colorée. Même quelques anarchistes – ayant quitté leurs festivals et fêtes habituels – applaudissaient maintenant une femme plutôt âgée ayant pris la parole et qui râlait sur les fascistes et proposait des insurrections dans les quartiers et voisinages athéniens comme dans le quartier d’Agios Panteleimonas.

En général, la plupart des orateurs ont souligné qu’on n’était pas ici à cause du mémorandum du FMI et de l’UE, mais qu’il fallait trouver un nouveau système politique sans chefs ni serfs. Et lors de la question qui l’on était, nous, les membres de l’assemblée sur la place Syntagma, la formulation la mieux accueillie était celle qu’on était des travailleurs, des chômeurs, des étudiants, des élèves, des migrants, tous des exploités, tous avec le même ennemi. Et ce qui concerne le « ce que l’on veut », nous voulons tout ce qui nous appartient. Nous voulons que le travailleur décide dans son usine, l’étudiant à son université, les habitants des quartiers dans leurs quartiers. Que l’on n’allait pas rentrer d’ici tant que quelqu’un d’autres prend des décisions sur nous. Nous ne voulons pas d’élections, nous ne voulons pas de ministères, pas de banques, pas de prisons, pas de dieu, nous ne voulons pas d’argent.

Sur la question de la violence : il y a eu les positions de la nécessité de la non-violence afin de pouvoir tenir comme foule et de ne pas nous disperser trop facilement. Certains ont approuvé le principe d’une attitude non-violente envers les flics, qui n’est pas « l’ennemi » et une impasse, beaucoup d’autres ont accepté que la violence sera inévitable s’ils essayent de nous disperser et de nous disloquer, surtout parce que nous, on veut tout et eux, ils ne vont rien nous donner. Une conclusion communément acceptée était qu’il fallait continuer à faire fonctionner les assemblées de cette manière et que ça favorise notre organisation et notre renforcement. Un groupe de surveillance a pourtant été formé afin d’être prêts dans le cas où ils nous attaqueraient comme ils l’ont fait à Barcelone. Il y a eu une discussion intense s’il fallait agir plutôt de manière défensive ou offensive. On s’est mis d’accord que ce sujet devrait être discuté et examiné pour pouvoir fixer une stratégie le plus rapidement possible. Une femme a exprimé sa tristesse de ne pas avoir été dans la rue en décembre 2008 et qu’il fallait qu’on fasse tous ce que l’on peut faire pour faire continuer ce qui avait commencé ce moment-là.

Sur les médias de masse : tout le monde était d’accord sur le fait que les médias du régime déforment la vérité et qu’ils obéissent aux ordres de ceux qu’on détestent. Il y a eu le point de vue qu’il y avait des bons et des mauvais journalistes, comme il y avait les bons et les mauvais flics, la foule a réagi avec des rires. Il a été décidé qu’il y aurait un livestream par le groupe multimedia du rassemblement européen de demain (29 mai). En ce qui concerne la transmission en direct de l’assemblée, il a été décidé de ne transmettre que le son et pas d’images, surtout parce que les migrants sans papiers ne veulent pas montrer leurs visages par peur de persécution. Le fait a été pris pour sujet que beaucoup, surtout les gens plus âgés, s’informent par les médias étatiques et il a été proposé d’occuper les médias de masse. Un orateur a dit que c’était de l’utopie et qu’on avait pas la force pour le faire, ce que la foule désapprouvait et il est parti.

Un migrant ayant dit qu’il fallait s’organiser de manière décentralisée a été applaudi. Qu’il fallait faire des assemblées de quartier dans tous les quartiers de 18h à 21h pour faire ensuite à 21h l’assemblée centrale sur la place Syntagma. Qu’il fallait faire des assemblées d’étudiants, d’élèves, de travailleurs, de chômeurs et de migrants dans chaque domaine et qu’il fallait les coordonner pour permettre à plus de gens de participer. Que chacun devait promouvoir les assemblées dans son domaine tant qu’il peut.

Des centaines de personnes s’étaient mises dans la queue et attendaient de prendre la parole. La question du temps de parole n’a pas encore été résolu d’une manière qui satisfasse tout le monde et l’enthousiasme de pouvoir parler a également provoqué quelques petits conflits, surtout parce qu’il y avait de plus en plus de gens voulant prendre la parole. On s’approchait de 4h du matin et on se poussait toujours pour pouvoir écouter tous les discours. Quelqu’un a proposé de terminer l’assemblée et de se reposer. La foule s’est contentée d’en rire. Il y a eu un sourd-muet ayant tout noté sur une feuille qui a été lue. Il a écrit qu’il avait retrouvé sa voix grâce à nous tous. Un autre a pris le micro et a dit qu’on était tous des Grecs et que l’unité nationale était la solution – il a vite été chassé de la foule avant de pouvoir continuer son discours. Le slogan a été crié : « L’unité nationale est un piège – le prolétariat n’a pas de patrie ». Un élève a mentionné l’occupation d’usines par les travailleurs. Quelqu’un a proposé de proclamer une grève générale permanente ce qui enthousiasmait les gens. Il a été dit qu’on n’avait pas de drapeau national puisque ce n’était pas une nation quelconque qui nous unissait, mais notre classe, notre situation commune. Lorsque d’autres ont mentionné qu’on avait besoin d’un symbole, un homme âgé a proposé le drapeau noir car c’était le drapeau des grévistes et du refus.

Quelqu’un est passé portant un drapeau grec comme cape. Un homme moyennement âgé l’a demandé s’il était là parce qu’il était Grec et lorsqu’il l’a affirmé, il lui demande pourquoi l’armateur Niarchos n’était pas là, en tant que Grec. Ils se sont finalement mis d’accord qu’il était là parce qu’il était pauvre. L’un a appelé l’autre camarade ou ami. Partout, on entendait le mot occupation. Occupation des lieux de travail, occupation des universités, occupation des chaînes de télé, occupation des grands hôtels autour de la place pour abriter les gens. On a aussi pu entendre que l’injustice avait des noms et des adresses et qu’il fallait s’y rendre. Un homme plutôt âgé nous a raconté qu’il était en train de rembourser un crédit parce qu’il avait acheté des jetons pour sa rente et qu’il ne restait plus qu’à brûler les banques. Il a dit que c’était vraiment comment ça qu’il l’entendait et a demandé que ses propositions soient notées. Il était presque 5h du matin et les gens refusait énergiquement de partir. Une femme a proposé de rédiger un manifeste sur les principes de base de la démocratie directe et d’un autre système politique. Il a été décidé que les discussions théoriques sur comment on pourrait faire ça allaient commencer lundi. Un autre a pris le micro et a parlé de la signification d’une alimentation végétarienne. Des douzaines de sujets ont été discutés. Lorsque quelqu’un a enfin proposé de remettre l’assemblée au lendemain où l’on serait à nouveau des milliers, les gens restants (allant des alternatives avec des fringues quelconque aux gars en costard assis par terre et écoutant attentivement) ne se sont levés que de manière hésitante et seulement pour immédiatement se regrouper en cercles et continuer leurs discussions quelques mètres plus loin.

A côté, on a créé un espace où se trouvent les tentes et les groupes de travail. Des médecins, des équipes légales, la propreté, l’alimentation, l’art, la traduction, la technique, la protection, le matériel, il y a des groupes de tout genre qui sont créés et ils échangent tous leurs points de vue. Quelqu’un a par exemple donné un cours de guitare à un dentiste en échange de soins dentaires. Il y avait une carte où le lieu de chaque groupe était indiqué. Il y avait une banderole « Sans nous, il n’y a rien. Nous voulons tout et nous le voulons tout de suite ! », une banderole en espagnol, une banderole de « Nous ne paierons pas ! » Pendant l’assemblée, il a été discuté de faire des banderoles afin de remplir toute la place et qu’il faudrait crier des slogans politiques pour arrêter avec le slogan « voleurs », même si hier aussi, les cris de « salauds, voyous, journalistes », « flics, porcs, assassins », etc. ont été fréquents. Lorsque nous partions, de nombreuses personnes se sont regroupées et ont formé une nouvelle assemblée à 7h du matin. Quelqu’un a proposé qu’il y ait une assemblée permanente, étant donné que les gens avait tellement besoin de discuter et que certains ne se fatiguaient pas, mais quelqu’un a dit que ça comportait le risque que peu de gens prennent des décisions pour beaucoup.

Un homme moyennement âgé a pris le micro et a dit à quel point il était enthousiasmé et touché d’être là. Un autre a massivement coupé sa parole et l’a appelé sévèrement à faire son point. L’homme se sentait insulté et a arrêté de parler. Peu après, les deux se sont pris de leur bras et ont discuté comment on peut résoudre le malentendu entre eux. Un moment, je voulais m’asseoir sur un banc. A côté de moi, il y avait un homme âgé me demandant quand la marche des fascistes de l’« aube dorée » à la rue Mitropoleos allait commencer. On n’en avait pas la moindre idée. Il a ajouté que, s’ils allaient venir en direction de Syntagma, on serait en tout cas forcés d’employer la violence.

Le jour d’aujourd’hui (29 mai) est attendu avec beaucoup d’intérêt. Dans toute l’Europe, il y aura des rassemblements sur les places et il y aura des milliers de personnes et des sujets intéressants lors de l’assemblée. On verra si les assemblées pourront surmonter le danger de la dégénérescence et de la fatigue (thérapie de groupe, comme il a été commenté amèrement) pour évoluer vers un mouvement. Le premier pas est fait, les gens se trouvent et discutent et ça ébranle le fondement de ce système.

Anonyme (par mail)

Traduit de l’allemand par Le Réveil

Version allemande

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