loupererien
Le procès Critical Mass ou l'histoire d'une tentative de criminalisation
Suisse
mardi 22 mars 2011, par Anonyme
Tags: Mobilisation

Dure matinée pour la magistrate en charge du dossier Critical Mass. Son instruction à charge (la maison du juge n’est jamais loin du poulailler !) de deux participants de la critical mass s’est révélée particulièrement laborieuse, ce matin au palais de justice de Genève, dès les premiers instants de la procédure. Petit extrait :

« Avez vous connaissance, messieurs, des éléments qui vous sont reprochés et pour lesquels vous avez tous les deux reçu une contravention que vous contestez, motif pour lequel nous sommes ici aujourd’hui ? Savez vous pourquoi vous êtes là ? »

« Non, franchement non, je ne sais pas pourquoi je suis là »

« Vous avez compris ce qu’on vous reproche, non ? Vous avez participé à la Critical Mass le 27 août ? »

« Oui »

« Vous avez donné des consignes de direction, vous avez dirigé la manifestation !? »

« Ben non, c’est impossible ! Je conteste, c’est impossible ! Les seuls qui essayent de diriger quoi que ce soit à la Critical, c’est les flics… Franchement madame, ils sont devant derrière à gauche et à droite : c’est eux les organisateurs, c’est les flics ! »

Rires, applaudissements se font entendre. Il y a beaucoup de monde dans la salle (et pas mal de flicaille dehors !). La Juge joue la maitresse d’école et promet de sortir les perturbateurs… le ton est donné. Il faut dire que l’accusation d’ ¨organisation¨ ne peut que faire sourire lorsque l’on parle de Critical Mass. Surtout lorsque les éléments de preuves sont établis à partir d’un ¨événement facebook¨ et d’un rapport d’enquête de porcs en civil, des poulets dodus ¨grillés¨ depuis des années… C’est d’ailleurs l’un d’eux qui, en qualité de témoin de l’accusation, vient, bien contre son gré, fournir des éléments de preuve à décharge. Second extrait :

« M. Boiron, vous parlez à la P. 2 de votre rapport, d’organisateurs emblématiques. Qu’est-ce que vous voulez dire a travers ce terme ? »

« Quand je dis organisateurs emblématiques, je pense à ceux qui participent à tout depuis le début, qui gèrent l’événement. Je suis la Critical depuis de nombreuses années, je connais ces membres »

« Les deux personnes ici sont-elles des Organisateurs emblématiques »

« Non »

« Décidément je ne comprend pas. Vous faites un rapport de police qui accuse deux personnes d’organisation et vous ne les classez pas parmis les organisateurs ! »

Les éléments à charge s’écroulèrent ainsi, au fur et à mesure que le procès allait de l’avant. Rien de plus logique finalement : comment prétendre prouver que quelqu’un est organisateur d’un événement qui ne s’organise pas (encore faudrait-il pouvoir prouver que relayer un message, c’est organiser un événement !) ? Comment vouloir prouver que quelqu’un est le guide d’une manifestation qui ne se guide pas (et qui n’est pas une manifestation d’ailleurs !) ? Les 10 témoins de la défense ( âgés de 20 à 65 ans) ne furent cependant pas de trop pour expliquer ce qu’est la Critical Mass à une Juge désabusée. Ses interrogatoires frisaient le ridicule ( ¨parce que c’est une asssociation la Critical Mass ?¨) et les rires qu’ils provoquaient n’ont pas tarder à l’exaspérer : ¨je ne comprend pas, ya pas de leader, vous vous suivez tous mutuellement… vous êtes tous des moutons !?¨ .

Madame la juge, vous n’avez compris ni le fonctionnement de l’interface (décidément dangereusement nocive !) ¨facebook¨, ni le rôle superflu (et inutile !!) d’internet dans la ¨non organisation¨ de l’événement. Vous n’avez surtout pas voulu entendre que la conception même du mouvement inhibe toute veilleité organisationelle de part son essence même. Nous vous remercions néanmoins, car cette matinée nous a permis encore une fois d’observer combien il est difficile pour une conscience non (r)éveillée, d’accepter qu’un événement puisse exister pendant 10 ans sans avoir de structure, d’organisation ou de hiérarchie. Oui madame, dans ce monde il existe des gens qui pensent et agissent différement par rapport à ce que l’ont attend d’eux, sans chef, patron, mentor ou autre gourou…et c’est exactement l’antithèse du mouton !

Le constat de la plaisanterie juridico-policière de ce matin est mitigé. Si d’un côté, l’on est rassuré de voir que l’Etat ne peut pas intenter grand chose contre nous (sourtout s’il doit compter sur Boiron et ses potes !), il faut néanmoins accepter le fait que la tendance repressive – vis-à-vis des ¨cycloterroristes¨ dans ce cas précis,mais on peut l’entendre au sens général du terme – a de beaux jours devant elle et qu’elle est déterminée a utiliser tous les moyens dont elle dispose, aussi défectueux soient-ils. La procédure jointe des deux inculpations (sans leur consentement d’ailleurs !) trahit cette volonté d’amender des personnes ¨déviantes¨ pour des motifs oniriques ( à la limite de la calomnie !). L’Etat veut des sanctions, peu importe pour qui, peu importe pour quoi… Plus grave encore, la justice est prête à fermer les yeux sur des pratiques juridiquement qualifiable d’¨investigation secrètes ¨ qui necessitent une autorisation spéciale, donc dans le cadre de cette affaire, des pratiques illégales (pour autant que ce mot aient encore un sens). L’infiltration via la page facebook dans ce cas précis aurait, en effet, dû être légalement autorisée. De toute évidence, la juge ne tenait pas à prendre en compte ces éléments qui auraient pu pourtant être un motif suffisant pour suspendre la procédure. Il en est de même en ce qui concerne l’existence d’un second rapport de police dont la défense n’a pas connaissance. Bref, une fois de plus la justice nous prouve qu’elle porte mal son nom. Cette fois-ci pourtant, force est de constater qu’elle devra battre en retraite et acquitter nos camarades !

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