loupererien
Sur la Ligue d'Action du Bâtiment
Histoire
samedi 5 mars 2011, par Anonyme
Tags: Grève

En Suisse, avant 1937 et la signature de la paix du travail - acte de soumission des centrales syndicales au patronat - certains syndicats menaient une lutte concrète et résolue contre le salariat, l’argent et les exploiteurs. L’exemple le plus connu de la vivacité du mouvement ouvrier suisse demeure la grève générale de 1918. Mais la lutte antagoniste se perpétue après cet événement majeur. En Suisse romande, c’est dans les rangs de la Fédération des ouvriers du bois et bâtiment (F.O.B.B.) que se développe un syndicalisme de combat. En 1929, certains des membres de la F.O.B.B. créent la Ligue d’action du bâtiment (L.A.B.), un groupe d’action directe qui n’hésite pas à attaquer de manière frontale le patronat exploiteur et les jaunes qui le soutiennent.

L’objectif de la L.A.B. était de "saboter les saboteurs", ces entrepreneurs qui ne respectaient pas la nouvelle convention collective de travail. Inspiré par Luigi Bertoni, le fondateur du Réveil Anarchiste, la L.A.B. était composée d’un noyau dur d’une trentaine d’ouvriers qui pouvaient être rejoints par une centaine d’autres lors de leurs actions. La L.A.B. est surtout connue pour les attaques qu’elle a menée contre les chantiers des entrepreneurs malveillants, mais elle formait aussi les militants aux idées libertaires et leur offrait des bases juridiques pour mener le combat syndical.

Dans ses mémoires, André Bösiger se rappelle des activités de la ligue :

Les militants de la L.A.B. étaient solidement organisés : local de réunion, équipé d’un téléphone et d’une grande carte de la ville et du canton de Genève, avec des petits drapeaux pour indiquer les chantiers en cours, de couleurs différentes, selon qu’ils respectent les cahier des charges de la convention collective de travail ou non. [...]

Le samedi après-midi et très souvent aussi en semaine, dès qu’ils ont fini de travailler, à 18 heures, sur leurs propres chantiers, les militants se divisent en plusieurs groupes de cinq personnes qui, à vélo, se rendent sur les chantiers choisis ce jour-là. Un camarade reste au local pour assurer l’indispensable permanence téléphonique.

Nous bénéficions de la sympathie générale et nous sommes régulièrement tenus au courant des infractions à la convention. La première fois, nous allons voir les ouvriers et les contremaîtres ou les patrons pour leur expliquer le but de notre intervention. C’est un avertissement ; la fois suivante plane comme une menace. Quand on nous téléphone, c’est rarement en vain.

Pour faire respecter le conventions de travail, la L.A.B. n’hésitait pas à affronter physiquement les jaunes, à détruire des ouvrages en cours ou à mettre le feu aux bâtiments en construction.Les actions de la L.A.B. scandalisaient les patrons et la presse bourgeoise comme le montrent ces extraits du Journal de Genève au milieu des années 1930.

Les militants de la L.A.B. s’imposaient aussi lors de saisies ou d’expulsion de chômeurs. Pour empêcher que leurs camarades endettés ne se retrouvent à la rue, ils allaient jusqu’à jeter des camions dans le Rhône ou les retourner sur le toit en pleine rue. Puis, lorsque les chômeurs expulsés étaient relogés dans des taudis insalubres, la L.A.B. détruisait ces immeubles pour obliger l’état à reloger les chômeurs dans des appartement plus confortables.

Les membres de L.A.B., quoique syndiqués à la F.O.B.B., ne se faisaient pas de grandes illusions sur le prétendu rôle révolutionnaire des syndicats. Dans un article présentant la L.A.B. dans le numéro du 11 janvier 1930 du Réveil Anarchiste, Lucien Tronchet, le principal animateur du groupe, écrivait :

Pour nous, qui ne nous leurrons pas sur la valeur d’avenir du syndicat, mais ne le considérons que comme un moyen actuel d’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière, nous estimons que ces luttes d’action directe valent beaucoup mieux que des luttes intestines de tendance dans les syndicats. Que nous importe après tout de faire partie d’organisations réformistes, ayant une centrale à quelque centaines de kilomètres ? Ce n’est pas l’étiquette ou du verbiage qu’il faut, mais de l’activité. Et lorsque cette activité est menée contre le capitalisme et sans compromission, c’est l’essentiel.

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